Et oui, j’écris mes textes sur du papier

Et oui, j’écris mes textes sur du papier

Papier
J’en suis encore à noircir les pages dans un cahier spiral. Je jette mes idées sur du papier. J’essaie bien souvent de penser l’agencement des mots avant que l’encre ne les fixent sur les pigments de la feuille mais pour l’essentiel, le brut se retrouve la plupart du temps de manière permanente sur les pages reliées.

Le papier est une matière si conciliante. Peu importe l’idée, elle l’accepte sans broncher. Jamais une feuille de papier ne m’a empêcher d’y exposer mes réflexions ou de faire des fautes. Certains papiers glacés sont plus récalcitrants et offrent une résistance mais nous avons les « Sharpies » pour les domestiquer.

J’ai toujours aimé le papier. Sa délicate résistance sous la bille de mon stylo ou sa légère complainte quand c’est la pointe de ma plume qui le chatouille.

J’ai écrit les mots les plus complexes sur ces pages blanches. Presque toujours pour exprimer l’idée précise que j’avais dans la tête. Quelques fois pour paraître plus intelligent que je le suis.

Quelques fois, je peux relire mon texte sur la prochaine page vierge. Quand l’excitation des mots me fait appuyer plus fort et que je grave mes mots en plus de les teindre d’encre. J’écris si fortement que mon texte se dicte deux fois.

Quand retourne la page, ce craquement me confirme que j’avais tant de choses à dire. Difficile à décrire le bruit qu’une page fait quand la feuille est saturée de mots. Le mouvement de tourner la page déclenchant ce bruit unique, celui que l’on entend seulement venant d’un cahier ou d’un très vieux livre aux pages asséchées par les années.

Outre ce bruit, il y a aussi les coins du papier. Cette page si plate, au sens propre du terme, qui tranquillement s’arrondie à mesure que l’on développe ses idées. C’est comme un vieux matelas. Tranquillement le centre s’affaisse au même rythme où le dormeur prend du… découvre le bonheur de la bonne chair. Si l’histoire est bonne, peut-être le papier, une fois libéré de sa reliure, viendra qu’à former un cylindre et roulera de plaisir sur ma table de travail. Je crois que j’ai déjà vu ça.

Avec mon cahier spiral, je peux commettre la supercherie de faire disparaître une page morte-née. Je croyais avoir quelque chose à dire mais mes mots ne s’accordent pas avec mes idées. Après quelques phrases niaises, j’arrache la page sans remord, la chiffonne sans procès et la jette. Ni vu ni connu, l’intégrité de mes gribouillis est sauve.

Peu de gens comprendront. Un jour, j’ai retrouvé un vieux cahier de notes. Il devait avoir 15 ou 20 ans. J’en avais utilisé quelques pages pour projeter des phrases inintelligibles. Probablement les notes d’un cours que j’ai suivi où l’inutilité de la prise de notes s’est avérée.

Ce cahier, au papier jauni, aux lignes bleues presqu’effacées, m’a offert  sa marge comme point de départ pour un nouvel essai. En y écrivant mes proses, je développais mon idée au présent dans un contexte ancien. Comme une musique électronique jouée avec l’harmonium de Grand-maman Bergeron. Comme je l’ai dit, peu de gens comprendront ce paradoxe créatif. Il faut être dans ma tête pour ressentir la portée de cet aumône à l’esprit.

Même si vous lisez ces lignes sur les pixels de votre écran, sachez qu’à quelque part, il y a un cahier qui en a été le premier consignataire.

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