Le complexe de la zapette
Quand j’étais petit et que je regardais la télévision, si je voulais changer de poste, je devais me lever et tourner la roulette. J’avais le choix entre le 2, le 6, le 10 ou le 12. Quand j’étais chez mes grand-parents, c’était le 7, le 9 ou le 13. Le 13 grichait épouvantablement. Quand arrivait les commerciaux, il était plus simple de les regarder que de se lever pour changer de poste. De plus, la programmation était « imposée ». Les inventeurs des canaux sur demande étaient encore à l’école primaire. Vais-je dire que c’était le bon temps? Pantoute! Nous regardions le monde à travers les quatre postes et l’effort physique demandé pour changer le sort de notre soirée (c’est-à-dire : changer de poste) nous gardait rivé sur notre fauteuil.
Puis, il y a eu la télécommande. Du jour au lendemain, nous pouvions rester assis sur notre fauteuil et faire le tour des postes sans bouger. Avec la venu du câble, le monde venait de changer. Cette révolution nous a profondément affecté. Nous pouvons dire que la télécommande a modifié nos habitudes concernant notre activité physique nous rendant plus stationnaire. Je crois que la vrai révolution est dans notre manière de concevoir notre contrôle sur la vie.
Du jour au lendemain, nous pouvions avoir le plein contrôle sur une machine qui au départ nous imposait sa vision. Si nous étions que légèrement ennuyé, le pouce devenait l’outil de notre volonté. Nous avons eu le contrôle sur l’incontrôlable. Nous avions un choix.
L’avènement du cellulaire, nous a rendu disponible en tout temps et l’arrivée des courriels nous a obligé à répondre à nos interlocuteurs dans les minutes suivant la réception de la communication. Paradoxalement, ce qui devait nous libérer de l’hégémonie du fil et de la contrainte du lieu devait nous rendre esclaves de nos interlocuteurs. Nous étions maintenant à la merci des priorités d’autrui en nous obligeant à faire un choix entre ce qui nous est important et ce qui est important pour les autres.
Inversement, nous pouvions maintenant rejoindre n’importe qui n’importe quand. Donc nous venions d’obtenir du contrôle supplémentaire.
Donc de la télécommande, nous avons aboutit au téléphone intelligent branché sur internet. D’ailleurs, internet est un monstre qui ne connait pas les distance ni l’heure du jour. Nous avons maintenant accès à tout n’importe quand.
Or l’appareil démocratique, surtout dans sa version surannée actuelle, ne tiens pas compte de la réalité des gens qu’il devrait servir. Nous sommes maintenant en moyenne plus scolarisé, nos intérêts sont plus divisés que jamais et surtout, nous avons le complexe de la zapette qui fait que nous avons la conviction que nous avons un contrôle sur tout et n’importe quand.
Je crois que le complexe de la zapette est un phénomène sous estimé quand il s’agit de parler du cynisme envers la politique. Il est frustrant d’avoir le contrôle sur tout mais pas sur l’entité élu qui dirige les orientations de notre société.